LaThérapie MOT

 

Mouvement oculaire Rthérapeutique (eye movement desensitization and reprocessing ou désensibilisation,retraitement par les mouvements oculaires, en français).

Découverte en 1987 par la psychologue américaine Francine Shapiro, cette méthode utilise des séries de stimulations bilatérales alternées, consistant en des mouvements oculaires (balayage horizontal ou vertical) ou des tapotements pendant que la personne se remémore son passé traumatique. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) et l’Inserm en France recommandent la technique pour le traitement du stress post-traumatique, mais l’MOT étend son champ d’action à d’autres souffrances telles que le stress, la mauvaise estime de soi, les douleurs chroniques, les troubles alimentaire …. etc.

Revivre son passé pour mieux le digérer

« Après s’être assuré que le patient est prêt à un retraitement MOT, on va lui demander de se focaliser sur la situation qui le fait souffrir en regardant les pires images, les mots négatifs et les émotions qui remontent à la surface. Une fois que le souvenir est en place, on l’invite à suivre des yeux nos doigts ou bien on commence à lui tapoter les mains. La personne va observer ce qu’il se passe en elle et faire des associations dans son esprit. On revit alors les émotions et sensations du traumatisme.

Cette réminiscence du passé est souvent déstabilisante et nécessite parfois de longues pauses.

On met également en place un lieu sûr où la personne se sent en sécurité pour qu’elle puisse s’y réfugier quand cela devient trop pénible pour elle », souligne la psychothérapeute.

OTÉlargir le champ de vision

Quand on est traumatisé, on oublie le contexte et on se focalise sur quelque chose de fragmenté

Le praticien continue les stimulations jusqu’à ce que le souvenir ne génère plus de perturbations et soit mis à distance. C’est ainsi que vers la fin de la séance, Sophie se voit à Barcelone en train de sourire et prendre ses amis dans les bras. Martine quant à elle remarque l’éclat du soleil le jour du suicide de son père. « Je me suis rappelée qu’il faisait beau ce jour-là et j’ai entendu les oiseaux chanter, confie-t-elle. C’était comme si j’avais des œillères et un cerveau bloqué sur le traumatisme, et que l’MOT avait enlevé ces œillères. »

« Quand on est traumatisé, on oublie le contexte et on se focalise sur quelque chose de fragmenté. Dans le cas de Martine, c’était peut-être le sang ou la vue de l’arme le jour du drame. Quand le retraitement se met en route, on voit la situation dans sa globalité », commente Eugénie Zara-Jouillat.

Six mois après son traitement, Sophie n’est plus hantée par les terroristes qu’elle voyait défiler chez elle. Martine, elle, a divorcé d’un mari qu’elle n’aimait pas, et a trouvé un emploi après de longues années sans travail.

De nombreuses hypothèses pour expliquer le « mystère »

Pas de magie, ni de miracle, les effets de l’MOT s’observent sur les imageries médicales. « Grâce aux mouvements bilatéraux alternés, on active tout un tas de réseaux neuronaux de manière synchrone et ces nouveaux circuits permettent de restocker l’information sans la charge émotionnelle », explique Stéphanie Khalfa, docteure en neurosciences au CNRS. La chercheuse a pu montrer l’efficacité des stimulations bi-alternées sur les souris soumises à un traumatisme. « Nous les avons conditionnées à avoir peur en leur donnant une décharge électrique à chaque fois que l’on émettait un son spécifique. Elles ont ainsi commencé à avoir peur dès qu’elles entendaient le son alors qu’il n’y avait plus de choc électrique », détaille-t-elle. Au final, cette crainte a disparu plus rapidement chez les animaux soumis à des stimulation bi-alternées.

D’autres hypothèses sont émises depuis la découverte de la pratique il y a plus de trente ans. La première des pistes d’exploration établit un lien entre les mouvements oculaires produits pendant la phase de sommeil paradoxal et ceux que l’on provoque pendant l’MOT. Comme le prouvent de nombreuses recherches, les rêves permettent d’intégrer les événements de la vie en les transférant du néocortex à l’hippocampe, impliqué dans la formation de la mémoire à long terme. En reproduisant les mêmes mouvements, l’MOT permettrait un autre stockage de l’information traumatique.

Selon d‘autres théories, le fait de saturer la mémoire de travail du cerveau avec les mouvements des yeux permettrait au souvenir de devenir plus flou et de le décharger d’un point de vue émotionnel. De nombreuses autres hypothèses existent et des recherches sont encore en cours pour comprendre le mécanisme d’action.

Du trauma à l’événement de vie désagréable

Tandis que la science continue d’explorer les effets neurobiologiques de la thérapie MOT, cette dernière se démocratise et est appliquée en traitement de diverses souffrances psychologiques. « Historiquement, l’MOT a été utilisée pour traiter l’état de stress post-traumatique (ESPT), son usage a désormais été élargi aux événements difficiles de la vie ; deuil, séparation mais aussi eczéma, psoriasis ou douleurs chroniques, car derrière ces pathologies on retrouve souvent une cause psychologique », 

Difficile donc, de prévoir en avance combien de temps la thérapie peut durer, mais il est essentiel de bien choisir son thérapeute pour s’assurer de la qualité des soins. Hormis les séances spécifiques à l’MOT, les praticiens doivent connaître l’ensemble du protocole qui permet au patient de guérir tout en se sentant en sécurité. On peut retrouver la liste des professionnels formés à la méthode dans l’annuaire de l’association MOT France, qui garantit le niveau requis de formation des spécialistes.MOT